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À Mackenheim, le cimetière israélite est devenu,
pour deux jours, un lieu international : des jeunes d'Europe de
l'Est sont venus aider à refaire le toit de la petite « Tahara
Hiessel ». Un moment fort d'échange et de
partage.
Venus souvent de très loin, les jeunes se retrouvent sur l'échafaudage qui servira à remonter le toit de la maisonnette à côté du cimetière juif
ON COMMENCE souvent par un
cours de géographie : « Tu viens d'où ? De Russie?» « Non,
de Biélorussie », « Ah? Et où exactement?» « De Minsk. Et
toi?» « Moi, de Pologne. De Wroclaw. Et elle, de Cracovie ». Un
autre vient de Moscou et celui-ci est allemand. Tous se retrouvent
dans le petit cimetière israélite de Mackenheim, grâce à ASF
(Aktion Suhnezeichen Friedensdienste), qui oeuvre pour la
restauration de l'ancienne maison communautaire juive de Breisach.
Après y avoir réalisé des fouilles dans les caves, la douzaine de
jeunes vient travailler à Mackenheim, pour reconstruire le toit de
la « Tahara Hiessel », qui jouxte le cimetière. « Cette maisonnette
servait autrefois au lavement des morts », explique Gunther Boll,
spécialiste de ce cimetière maintenant sorti de l'oubli. Tout
autour des tombes, l'herbe sera soigneusement fauchée, pour
accueillir les visiteurs le 7 septembre, journée européenne de la
culture juive, où Gunther Boll proposera des visites en français et
en allemand.
Ambiance de chantier
Les jeunes attendent que la pluie cesse, enfilent leurs gants et
retroussent leurs manches. Parlant polonais, russe, allemand et
anglais, ils parviennent à s'organiser pour monter les planches et
commencer le travail. Souvent, ils n'en sont pas à leur premier
chantier, et connaissent cette ambiance conviviale qui règne dans
un tel groupe. Mais ici, ils semblent animés d'un esprit encore
différent. « Moi, je suis contente d'apprendre beaucoup sur la vie
des juifs. Je trouve que je n'en ai pas assez appris à l'école sur
ce sujet. Ici, je peux approfondir », explique Ania, Polonaise de
20 ans. Au début de l'existence de l'association, n'adhéraient que
de jeunes Allemands, qui parcouraient les pays autrefois occupés
par les nazis, et accomplissaient autant d'actes de réconciliation.
Après la chute du rideau de fer, des jeunes d'Europe de l'est ont
rejoint le mouvement. « Il est important de parler de l'holocauste,
et d'échanger entre nations. Mais aussi d'apprendre sur la vie des
juifs », ajoute la jeune Polonaise catholique. Et Gunther Boll fait
cela très bien : « A l'école, ils apprennent souvent des chiffres,
le nombre de personnes déportées, et leur pays d'origine. Mais on
leur parle peu des raisons pour lesquelles elles ont été déportées
».
Une association
Pour fortifier ces échanges qui se réalisaient déjà de manière
assez informelle depuis deux ans, le maire du village Jean-Claude
Spielmann a eu l'idée de créer une association transrhénane, qui
unifiera les actions en faveur du fait juif en Haute-Alsace et en
pays de Bade. « Les amis du Judengarten de Mackenheim » seront
fondés le 7 septembre prochain. « Y adhéreront d'autres
associations, comme ASF ou la société d'histoire israélite d'Alsace
et de Lorraine, explique le maire, qui en sera président. L'idée
est aussi de créer un réseau pour intégrer d'autres sites, comme
Grussenheim, Biesheim? Cela permet aussi d'asseoir ces
actions dans un cadre spécifique ». « Moi je trouve que c'est
intéressant de faire des choses avec d'autres hommes », dit Valery,
Biélorusse de 19 ans, dans un français un peu hésitant. Étudiant en
robotique, il est venu avec un ami, Andréi, qui, lui, fait du
droit. « On fait connaissance, on voit d'autres cultures.
Cela? ouvre? » dit-il, appuyant ses idées de grands
gestes et d'un grand sourire. Mais, quel impact leur action
peut-elle avoir sur les habitants de la région ? C'est Johanna, 20
ans, qui répond : « Si ces villageois vient que moi, je suis venue
de la lointaine Pologne jusqu'ici, pour aider à l'entretien de ce
petit cimetière, cela montre bien que ce lieu a beaucoup de valeur,
non ? »
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